Je te raconte à quel point j'aime mes cheveux courts.
Et toi, là, tu glisse au passage que quand même, un carré, ça m'allait tellement mieux.
Et puis tu y reviens, régulièrement, de façon insidieuse.
Ça me fait grincer des dents.
Tu évoques cette période de mon existence depuis longtemps révolue, où j'étais si jolie. Est-ce que tu vas me demander de redevenir plus jeune, aussi ?
En faisant ça, on pourrait prétendre que tu ne fais que manifester que je te plais. Toi-même, tu en es certainement convaincu. Si tu te préoccupes de ce qui me rendrait le plus belle, c'est bien que je te plais, non ?
Mais non. J'ai pas besoin de ça pour le savoir, que je te plais. Que je te plais même avec mes cheveux courts de garçon. Que je te plais beaucoup, même. Ça transpire de partout dans nos conversations.
Mais là, ce que tu es en train de dire, c'est quelque chose de différent, et c'est étrange : tu es en train de me dire que je ne te plais pas assez. Tu es en train de m'indiquer comment te plaire davantage. Comme si je ne te plaisais pas déjà suffisamment ! Alors que je ne suis même pas sûr que tu me plaises, toi !
C'est drôle, tu sais, cette attitude. C'est curieux. Je me demande comment tu t'autorises. A essayer de me dicter mon apparence. On est même pas ensemble. Ça te rendrait pas plus légitime à le faire à mes yeux, remarque. Mais là, comment tu t'autorises ? Je vois pas autre chose que : parce que je te plais.
C'est assez énorme. Paradoxal. Du fait que je te plais, tu te sens autorisé à m'envoyer des injonctions pour que je te plaise encore davantage. Comme si, en te plaisant, je commençais déjà à t'appartenir un peu. Comme si ça réveillait chez toi des démangeaisons propriétaires.
Mais personne ne me possède, vois-tu.
Personne ne me dit comment m'habiller, me coiffer, me comporter, personne ne me fait rentrer dans des crasses de boîtes pour ses beaux yeux. Personne ne me somme de correspondre à ce qu'il considère comme une femme pour lui plaire.
Te plaire est beaucoup moins important que me plaire moi-même.
J'ai pas à te séduire. Si d'aventure je te plaisais pas, eh beh je me ferais une raison, tu sais. Je me contenterais de plaire à ceux à qui je plais.
Tu serais déjà tellement chanceux si tu pouvais m'avoir là, comme je suis, avec mes cheveux courts, mes pantalons, mon absence de maquillage et mes aisselles poilues. Parce que je suis géniale comme ça. Tu le sais, en fait. Je te plais. Je te plais beaucoup trop. Tellement trop que tu as perds le contrôle, et pour avoir l'illusion de le reprendre un peu, tu te sens obligé de me demander de changer.
Mais tu vois, ça n'arrivera pas. Je vais rester comme je suis : extraordinaire. Et toi, tu vas rester tout seul.
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lundi 8 février 2016
mardi 2 février 2016
Note aux utilisateurs
(1) Frotter vigoureusement ma chatte de haut en bas n'est pas sexy, mais : incroyablement douloureux. Mes petites lèvres sont faites d'une peau très fine et délicate, les léser met en péril les ébats à venir.
(2) Car non : je ne continue pas quand je suis si irritée que ça me fait mal. C'est comme ça. Faudra vous y faire.
(3) Mon clitoris n'est pas là, mais là.
(4) ON Y MET PAS LES ONGLES, FOUTRE DIEU !!!
(5) Si vous mettez trèèèèèèèèès longtemps à jouir, il y a certainement un moment où je dirai stop. C'est pas que je m'ennuie, pas de la mauvaise volonté non plus, c'est que les dix minutes de plus qu'il vous faudra pour aller au bout, pour moi ça veut dire douleur, serrer les dents (pas mon idée du plaisir) et des lésions qui mettront des jours à cicatriser. Donc prenez-vous en charge, merde.
(6) Il y a plein d'endroits du corps autres que les organes génitaux qui sont jolis, agréables à toucher et fournisseurs officiels de plein de plaisir. Je parle pas de mon corps, là, mais du vôtre. Alors arrêtez donc de vous focaliser sur votre bite, ya plein de manières de faire l'amour.
(7) Je n'accepte pas de faire du sexe avec vous pour vous rendre un service. Je le fais parce que j'en ai envie et que ça me fait plaisir. Si ça ne me fait plus plaisir ni envie, point. Inutile de chercher à négocier, et j'arrive pas à croire que j'aie besoin de préciser ça.
(8) Essayer de me culpabiliser en me disant que "c'est dans la tête" n'est pas une bonne idée.
(9) Grommeler dans votre barbe que je vous le paierai non plus.
(10) Perso, le hate sex, c'est pas mon truc. Du coup je vais essayer fort de pas vous haïr, mais facilitez-moi un peu la tâche, s'il vous plaît, merci.
(2) Car non : je ne continue pas quand je suis si irritée que ça me fait mal. C'est comme ça. Faudra vous y faire.
(3) Mon clitoris n'est pas là, mais là.
(4) ON Y MET PAS LES ONGLES, FOUTRE DIEU !!!
(5) Si vous mettez trèèèèèèèèès longtemps à jouir, il y a certainement un moment où je dirai stop. C'est pas que je m'ennuie, pas de la mauvaise volonté non plus, c'est que les dix minutes de plus qu'il vous faudra pour aller au bout, pour moi ça veut dire douleur, serrer les dents (pas mon idée du plaisir) et des lésions qui mettront des jours à cicatriser. Donc prenez-vous en charge, merde.
(6) Il y a plein d'endroits du corps autres que les organes génitaux qui sont jolis, agréables à toucher et fournisseurs officiels de plein de plaisir. Je parle pas de mon corps, là, mais du vôtre. Alors arrêtez donc de vous focaliser sur votre bite, ya plein de manières de faire l'amour.
(7) Je n'accepte pas de faire du sexe avec vous pour vous rendre un service. Je le fais parce que j'en ai envie et que ça me fait plaisir. Si ça ne me fait plus plaisir ni envie, point. Inutile de chercher à négocier, et j'arrive pas à croire que j'aie besoin de préciser ça.
(8) Essayer de me culpabiliser en me disant que "c'est dans la tête" n'est pas une bonne idée.
(9) Grommeler dans votre barbe que je vous le paierai non plus.
(10) Perso, le hate sex, c'est pas mon truc. Du coup je vais essayer fort de pas vous haïr, mais facilitez-moi un peu la tâche, s'il vous plaît, merci.
jeudi 3 décembre 2015
Des femmes
A la fin tu ne fréquentes plus que ces femmes à la voix monocorde et au regard vide, ces femmes à la présence lourde qui te parlent d'horreurs à hurler mais à voix basse et s'enlisent en parlant dans des boues noires où elles t'entraînent, ces femmes auxquelles tu tends la main en sachant bien que tu ne pourras pas les tirer de là, tout juste les aider à rester à la surface, ces femmes qui te parlent de leur vie et tu sens la tristesse qui t'enveloppe comme un drap froid, sale, grise, tu la sens infuser ta vision du monde et c'est comme le brouillard, la beauté en moins.
Elles le sont toutes devenues, les unes après les autres, attirées dans le puits sans fond, l'une après l'autre un jour se sont mises à parler de cette voix monocorde et ont dévoilé cette cendre qui les ronge à la moelle, leurs couleurs vives éteintes comme soufflées une à une, les apparences disparues pour laisser place à cette seule entière nue vérité, leur vulnérabilité intérieure, comment elles ont été heurtées minées tuées dans l'indifférence au point qu'il ne leur reste d'énergie grise qu'à peine pour cette voix monocorde avec laquelle elles racontent, et on leur en voudra de raconter, la violence que chacun aimerait mieux tue car la dire la rend présente à nouveau et à les entendre parler c'est comme un direct à l'estomac qui vous donne la nausée et c'est pourquoi on leur en voudra d'avoir accepté leurs confidences et à l'avenir les évitera.
Et elle aussi à présent elle en fait partie, de ces femmes à la voix monocorde que l'on hésite à revoir car la guerre qu'elles racontent est trop lourde à porter, depuis longtemps elle en fait partie mais tu le sais seulement maintenant, maintenant elle sent monter en elle cette voix monocorde et ce regard fixe, un peu trop ouvert et focalisé sur rien, un peu effrayant, et elle voit se créer le vide autour d'elle, l'humanité s'éloigner comme respectant une distance sacrée.
Pourtant ce sont les mêmes femmes qui scintillent d'un rire non feint, font des plaisanteries limite, se passionnent dans une conversation, ont la voix qui monte très haut sans presque se briser pour des riens, la voix qui tonne de conviction, les mêmes qui semblent sortir d'une chanson de Fauve, les mêmes les yeux soulignés de noir, les mêmes dans du velours, les mêmes si fortes, les mêmes qui déplacent des montagnes sans que personne ne voie qu'elles sont en même temps à pleurer des rivières, les mêmes qui le plus souvent ne pleurent pas.
Ce sont les mêmes.
Elles le sont toutes devenues, les unes après les autres, attirées dans le puits sans fond, l'une après l'autre un jour se sont mises à parler de cette voix monocorde et ont dévoilé cette cendre qui les ronge à la moelle, leurs couleurs vives éteintes comme soufflées une à une, les apparences disparues pour laisser place à cette seule entière nue vérité, leur vulnérabilité intérieure, comment elles ont été heurtées minées tuées dans l'indifférence au point qu'il ne leur reste d'énergie grise qu'à peine pour cette voix monocorde avec laquelle elles racontent, et on leur en voudra de raconter, la violence que chacun aimerait mieux tue car la dire la rend présente à nouveau et à les entendre parler c'est comme un direct à l'estomac qui vous donne la nausée et c'est pourquoi on leur en voudra d'avoir accepté leurs confidences et à l'avenir les évitera.
Et elle aussi à présent elle en fait partie, de ces femmes à la voix monocorde que l'on hésite à revoir car la guerre qu'elles racontent est trop lourde à porter, depuis longtemps elle en fait partie mais tu le sais seulement maintenant, maintenant elle sent monter en elle cette voix monocorde et ce regard fixe, un peu trop ouvert et focalisé sur rien, un peu effrayant, et elle voit se créer le vide autour d'elle, l'humanité s'éloigner comme respectant une distance sacrée.
Pourtant ce sont les mêmes femmes qui scintillent d'un rire non feint, font des plaisanteries limite, se passionnent dans une conversation, ont la voix qui monte très haut sans presque se briser pour des riens, la voix qui tonne de conviction, les mêmes qui semblent sortir d'une chanson de Fauve, les mêmes les yeux soulignés de noir, les mêmes dans du velours, les mêmes si fortes, les mêmes qui déplacent des montagnes sans que personne ne voie qu'elles sont en même temps à pleurer des rivières, les mêmes qui le plus souvent ne pleurent pas.
Ce sont les mêmes.
La culpabilité, c'est une maladie
Impression tenace et récurrente, en sortant de chaque séance, que j'entrave le processus thérapeutique, que mes paniques, mes angoisses effrénées apportées à dose hebdomadaire se mettent en travers de la méthode, que si je n'étais pas aussi fucked up, la thérapie avancerait mieux et plus rapidement.
Absurde, puisque c'est précisément parce que je suis en vrac que la thérapie a lieu - si je n'étais pas si pleine d'angoisses, il n'y aurait pas de thérapie.
Absurde, puisque c'est précisément parce que je suis en vrac que la thérapie a lieu - si je n'étais pas si pleine d'angoisses, il n'y aurait pas de thérapie.
lundi 31 août 2015
Insulter sans offense
J'aime bien "Mange tes morts !", comme insulte. Parce que c'est une insulte qui n'est ni misogyne ni homophobe, ce qui n'est pas si courant, ni discriminatoire pour quelque groupe que ce soit.
Et pourtant, peut-être les Guayaki seraient-ils offensés qu'une de leur pratique funéraire soit utilisée comme insulte.
Et je t'assure, tu veux pas offenser les Guayaki.
Et pourtant, peut-être les Guayaki seraient-ils offensés qu'une de leur pratique funéraire soit utilisée comme insulte.
Et je t'assure, tu veux pas offenser les Guayaki.
dimanche 23 août 2015
Dom, sub et identités de genre
Il faudrait sans doute trouver d'autres mots que ceux de dom / sub, qui peuvent rebuter en évoquant des systèmes d'oppression. Car ces termes ne désignent en réalité que très imparfaitement les rapports de domination et de soumission dans les jeux érotiques, qui ne jouent sur l'aliénation que de façon symbolique ; et où, bien loin que l'existence de l'un des partenaires soit niée au profit de l'affirmation de celle de l'autre, comme c'est le cas dans une dynamique oppressive, dans les rapports dom / sub en réalité tout est fait pour le ou la sub, qui est le centre et le but du jeu ; et le respect préalable de la personne du ou de la soumisE est la condition même du jeu de domination / soumission, ce qui en autorise l'existence, ce qui permet à sub de se remettre en confiance entre les mains de dom ; ce qui permet en outre aux rapports dom / sub d'être l'exorcisme et la contestation des rapports d'oppression réels.
Mais surtout, dom et sub, cela peut être n'importe qui. Dom n'est pas nécessairement homme. Sub n'est pas nécessairement femme. Dom n'est pas forcément quelqu'un d'autoritaire dans la vie de tous les jours, sub n'est pas toujours timide et effacéE. Au contraire. Sub et dom peuvent chacun avoir toutes sortes de personnalités en-dehors de ces jeux, parfois en accord, parfois parfaitement à l'opposé de leur rôle de prédilection - vous seriez surpris comme les gens sont différents lorsqu'ils entrent dans le jeu. Il est impossible de deviner a priori si quelqu'un est plutôt dom ou plutôt sub avant d'avoir directement abordé - ou pratiqué - le sujet avec cette personne. Ni, d'ailleurs, si cette personne est bien dans le rôle qu'ielle a choisi ou tout à fait à côté de la plaque.
J'aimerais que l'on considère davantage nos conception des identités de genre femme / homme comme on le fait des rôles dans les jeux de domination / soumission.
Que chacun puisse choisir d'adopter une identité un peu, totalement, ou à divers degrés.
Que cette identité soit quelque chose qui fait l'objet d'un choix, non quelque chose qui s'impose à nous du dehors.
Qu'il ne soit pas meilleur d'être l'un ou l'autre - ou autre chose.
Que l'on puisse sans problème inverser, être selon les jours parfois l'un, parfois l'autre. Selon ce que l'on sent, selon son humeur, comme un projet ou par envie de jouer.
Ou ni l'un ni l'autre. Que l'on puisse périodiquement poser le sac, se mettre en vacances des rôles de la comédie du genre, ou même déclarer de façon permanente que ces rôles-là c'est pas pour nous, pas notre came, que l'on n'a pas envie d'y jouer - et que ça ne pose aucun problème, ni à ceux qui aiment jouer à ces rôles, ni aux autres, parce qu'après tout un jeu n'engage que celleux qui y jouent, et si celleux-là s'y amusent, pourquoi perdraient-ils leur temps à vouloir forcer à y jouer celleux que de toute évidence cela n'amuse pas.
Que ces rôles soient quelque chose que l'on endosse de temps en temps, pour quelques heures, pour en faire quelque chose d'intéressant, non quelque chose que l'on porte jour et nuit comme un masque de fer.
Que l'on puisse commencer à jouer un rôle, en changer ou se désintéresser de ce jeu-là - préférer un autre jeu - à n'importe quel moment de son existence.
Qu'il soit encouragé de jouer avec les codes de ces rôles, ou d'en inventer de nouveaux.
Que chacun puisse choisir sa manière d'interpréter le rôle qu'il choisit, et s'il veut en reprendre tous les aspects traditionnels ou faire son choix parmi ceux-ci.
Ou choisir ce qui lui plaît dans chacun des deux rôles, pourquoi pas.
Que chacun ait conscience que ces rôles sont juste des rôles parmi tant d'autres, et que la distinction masculin / féminin n'existe que comme une parmi une infinité de polarisations possibles des relations humaines - qui, d'ailleurs, ne se bornent pas à des polarisations binaires.
Que personne ne s'autorise à préjuger de ce que l'on est simplement sur notre apparence extérieure - que ce soit quelque chose d'intime et de personnel, non quelque chose que l'on porte écrit sur son front, mais quelque chose que seuls les proches, ou tout simplement ceux que cela concerne, savent.
Et que cela ne pose de problème à personne de ne pas savoir si l'on s'identifie comme homme ou femme - car chacun comprendrait que ce n'est qu'une toute petite partie de ce que l'on est, avec un champ d'application restreint, et absolument sans objet dans la plupart des situations de la vie.
A celleux qui craignent de ne plus pouvoir, dans ce contexte, trouver facilement d'"homme" ou de "femme", qu'ielles se rassurent : le fait que ce ne soit pas marqué sur leur figure n'a jamais empêché les adeptes de domination / soumission de s'apparier selon leurs goûts et leurs attentes. La communication, la communication, la communication, mes chériEs. Et le plaisir de la recherche, comme pour les girolles.
A celleux inquiets à l'idée que peut-être ielles se trouveront fleureter avec quelqu'un sans savoir si cette personne s'identifie comme homme ou comme femme, qu'ielles se demandent ce qui est le plus important pour eux, que cette personne leur plaise ou qu'elle rentre dans la case qu'ielles ont définie par avance comme leur terrain de chasse (qu'ielles en profitent pour se demander si ça leur plaît vraiment de considérer la séduction comme une chasse. Si ça leur plaît c'est OK, c'est un rôle comme un autre, à condition de ne pas confondre le rôle avec la réalité parce que ce serait dangereux ; mais c'est important de savoir que c'est pas obligé). Et qu'ielles se rassurent : si mes vœux se réalisaient, personne, mais vraiment personne ne songerait à préjuger de leur identité de genre en se fondant sur celle de la personne qu'ielles fréquentent. Et personne ne songerait non plus à considérer qu'une identité de genre est glorieuse et toutes les autres dégradantes.
A celleux enfin qui crieront que je veux rendre tout le monde pareil et que je suis contre les différences, ou qui ont l'impression que je veux les forcer à ou leur interdire quoi que ce soit, qu'ielles relisent ce texte plus lentement. Avec tous les mots. Dans l'ordre. Plusieurs fois. Jusqu'à compréhension.
Chacun, s'il s'examine avec honnêteté, prendra conscience qu'en réalité, c'est déjà le cas, les identités de genre femme / homme sont des rôles. Choisir un rôle - pas nécessairement un de ces deux-là - et l'interpréter à notre manière, c'est ce que nous faisons déjà tous, ou que nous aimerions faire. Il ne s'agit que de faire advenir cette réalité, de la faire passer d'inconsciente à concrète - qu'elle fleurisse, pour que d'un seul coup la vie entière devienne plus exaltante.
Mais surtout, dom et sub, cela peut être n'importe qui. Dom n'est pas nécessairement homme. Sub n'est pas nécessairement femme. Dom n'est pas forcément quelqu'un d'autoritaire dans la vie de tous les jours, sub n'est pas toujours timide et effacéE. Au contraire. Sub et dom peuvent chacun avoir toutes sortes de personnalités en-dehors de ces jeux, parfois en accord, parfois parfaitement à l'opposé de leur rôle de prédilection - vous seriez surpris comme les gens sont différents lorsqu'ils entrent dans le jeu. Il est impossible de deviner a priori si quelqu'un est plutôt dom ou plutôt sub avant d'avoir directement abordé - ou pratiqué - le sujet avec cette personne. Ni, d'ailleurs, si cette personne est bien dans le rôle qu'ielle a choisi ou tout à fait à côté de la plaque.
J'aimerais que l'on considère davantage nos conception des identités de genre femme / homme comme on le fait des rôles dans les jeux de domination / soumission.
Que chacun puisse choisir d'adopter une identité un peu, totalement, ou à divers degrés.
Que cette identité soit quelque chose qui fait l'objet d'un choix, non quelque chose qui s'impose à nous du dehors.
Qu'il ne soit pas meilleur d'être l'un ou l'autre - ou autre chose.
Que l'on puisse sans problème inverser, être selon les jours parfois l'un, parfois l'autre. Selon ce que l'on sent, selon son humeur, comme un projet ou par envie de jouer.
Ou ni l'un ni l'autre. Que l'on puisse périodiquement poser le sac, se mettre en vacances des rôles de la comédie du genre, ou même déclarer de façon permanente que ces rôles-là c'est pas pour nous, pas notre came, que l'on n'a pas envie d'y jouer - et que ça ne pose aucun problème, ni à ceux qui aiment jouer à ces rôles, ni aux autres, parce qu'après tout un jeu n'engage que celleux qui y jouent, et si celleux-là s'y amusent, pourquoi perdraient-ils leur temps à vouloir forcer à y jouer celleux que de toute évidence cela n'amuse pas.
Que ces rôles soient quelque chose que l'on endosse de temps en temps, pour quelques heures, pour en faire quelque chose d'intéressant, non quelque chose que l'on porte jour et nuit comme un masque de fer.
Que l'on puisse commencer à jouer un rôle, en changer ou se désintéresser de ce jeu-là - préférer un autre jeu - à n'importe quel moment de son existence.
Qu'il soit encouragé de jouer avec les codes de ces rôles, ou d'en inventer de nouveaux.
Que chacun puisse choisir sa manière d'interpréter le rôle qu'il choisit, et s'il veut en reprendre tous les aspects traditionnels ou faire son choix parmi ceux-ci.
Ou choisir ce qui lui plaît dans chacun des deux rôles, pourquoi pas.
Que chacun ait conscience que ces rôles sont juste des rôles parmi tant d'autres, et que la distinction masculin / féminin n'existe que comme une parmi une infinité de polarisations possibles des relations humaines - qui, d'ailleurs, ne se bornent pas à des polarisations binaires.
Que personne ne s'autorise à préjuger de ce que l'on est simplement sur notre apparence extérieure - que ce soit quelque chose d'intime et de personnel, non quelque chose que l'on porte écrit sur son front, mais quelque chose que seuls les proches, ou tout simplement ceux que cela concerne, savent.
Et que cela ne pose de problème à personne de ne pas savoir si l'on s'identifie comme homme ou femme - car chacun comprendrait que ce n'est qu'une toute petite partie de ce que l'on est, avec un champ d'application restreint, et absolument sans objet dans la plupart des situations de la vie.
A celleux qui craignent de ne plus pouvoir, dans ce contexte, trouver facilement d'"homme" ou de "femme", qu'ielles se rassurent : le fait que ce ne soit pas marqué sur leur figure n'a jamais empêché les adeptes de domination / soumission de s'apparier selon leurs goûts et leurs attentes. La communication, la communication, la communication, mes chériEs. Et le plaisir de la recherche, comme pour les girolles.
A celleux inquiets à l'idée que peut-être ielles se trouveront fleureter avec quelqu'un sans savoir si cette personne s'identifie comme homme ou comme femme, qu'ielles se demandent ce qui est le plus important pour eux, que cette personne leur plaise ou qu'elle rentre dans la case qu'ielles ont définie par avance comme leur terrain de chasse (qu'ielles en profitent pour se demander si ça leur plaît vraiment de considérer la séduction comme une chasse. Si ça leur plaît c'est OK, c'est un rôle comme un autre, à condition de ne pas confondre le rôle avec la réalité parce que ce serait dangereux ; mais c'est important de savoir que c'est pas obligé). Et qu'ielles se rassurent : si mes vœux se réalisaient, personne, mais vraiment personne ne songerait à préjuger de leur identité de genre en se fondant sur celle de la personne qu'ielles fréquentent. Et personne ne songerait non plus à considérer qu'une identité de genre est glorieuse et toutes les autres dégradantes.
A celleux enfin qui crieront que je veux rendre tout le monde pareil et que je suis contre les différences, ou qui ont l'impression que je veux les forcer à ou leur interdire quoi que ce soit, qu'ielles relisent ce texte plus lentement. Avec tous les mots. Dans l'ordre. Plusieurs fois. Jusqu'à compréhension.
Chacun, s'il s'examine avec honnêteté, prendra conscience qu'en réalité, c'est déjà le cas, les identités de genre femme / homme sont des rôles. Choisir un rôle - pas nécessairement un de ces deux-là - et l'interpréter à notre manière, c'est ce que nous faisons déjà tous, ou que nous aimerions faire. Il ne s'agit que de faire advenir cette réalité, de la faire passer d'inconsciente à concrète - qu'elle fleurisse, pour que d'un seul coup la vie entière devienne plus exaltante.
jeudi 25 juin 2015
Traverser la limite
Je te parle de ma peur du vide, de ces images de défenestration - la mienne ou celle des autres - qui m'envahissent ces temps-ci dès que je suis à un balcon, à une fenêtre, ou simplement sur une hauteur.
Je te raconte comme j'essaye de me battre contre cette phobie, de ne pas la laisser me dominer, de ne pas laisser la peur me tenir éloignée de ces lieux élevés fortifiés par le savoir des sages d'où la vue est pourtant si intéressante.
Au bout d'un moment tu me fais remarquer que, quand je parle de surmonter cette peur, j'emploie quand même un peu trop l'expression "passer par-dessus" ou "sauter le pas".
On va en rester là.
Je te raconte comme j'essaye de me battre contre cette phobie, de ne pas la laisser me dominer, de ne pas laisser la peur me tenir éloignée de ces lieux élevés fortifiés par le savoir des sages d'où la vue est pourtant si intéressante.
Au bout d'un moment tu me fais remarquer que, quand je parle de surmonter cette peur, j'emploie quand même un peu trop l'expression "passer par-dessus" ou "sauter le pas".
On va en rester là.
vendredi 12 juin 2015
Ode à une tête de noeud
J'avais commencé à écrire ce truc en alexandrins, et puis finalement je me suis dit que cette forme patriarcale sclérosée pouvait se niquer. Mes vers auront autant de pieds qu'une manif du MLF : parfois beaucoup, parfois peu.
T'étais pas vraiment beau
Pas vraiment une lumière non plus
Honnêtement, je t'aurais pas touché du bout des doigts, tu sais
Il m'en faut plus pour me faire vibrer
Quoi je sais pas te dire, un peu d'humain, quelque chose de perso
Mais y'avait juste ce truc que t'as fait
Qui m'intriguait
Qui me faisait ardemment désirer te rencontrer
Y'avait juste ce truc, je me demandais
Pourquoi tu m'envoies la photo de ta bite ?
Je veux dire, t'imagines quoi ?
Qu'un gros plan sur ta queue, c'est ce qu'il y a de plus attirant chez toi ?
C'est ton idée du bouquet de fleurs ?
(Pas que je sois pour les bouquets de fleurs, note bien)
Tu penses que ça va plaire à qui ?
Sérieux, ça a déjà marché ?
T'as déjà une meuf qui t'a répondu
"Oooh, jolie bite" ?
Tu t'es dit que ça me ferait plaisir ? Non mais
Pourquoi tu m'envoies la photo de ta bite ?
J'étais tellement surprise, tu sais
J'ai pas tous les jours la bite d'un inconnu dans ma boîte trashmail
J'ai été tentée de couper la communication
J'ai été tentée, j'avoue
Une grosse seconde
Et puis après j'ai rien dit je me suis dit
Roh non c'est pas possible
Faut pas laisser passer une occasion comme ça
Faut absolument que je lui demande
Pourquoi tu m'envoies la photo de ta bite ?
Patiente, bonne copine
Je t'ai laissé croire ce que tu voulais
Fait la conversation, proposé la rencontre
Mais je voulais tellement savoir, t'imagines pas
Si c'était pure connerie, ignorance crasse
Enfin je voulais connaître tes motifs
T'interroger sincèrement
En mode sociologue, curieuse, impartiale
Te poser la question au détour d'un café :
Pourquoi tu m'envoies la photo de ta bite ?
Pourquoi tu m'envoies la photo de ta bite ?
ça t'arrive souvent, d'envoyer ta bite à des inconnues ?
T'en attends quoi ? ça te fait plaisir sur le moment ?
Oh, mes questions, je m'attendais pas à ce qu'elles te plaisent
Qu'elles te gênent, qu'elles te prennent de court peut-être
Je voulais voir ta tête
Je me préparais à l'accès de colère idiot
La violence de l'homme insulté dans sa verge
Lors c'est en lieu public que j'aurais demandé
Pourquoi tu m'envoies la photo de ta bite ?
Mais tu t'es douté de quelque chose
Un éclair de conscience dans ta tête de noeud
Je sais pas où j'ai merdé
J'ai peut-être un peu trop souligné
Que ma chatte c'était pas open bar
Que j'allais pas m'habiller sexy, ni mettre des strings pour toi
Ah ! Chiens de réflexes féministes ! Tu annules
Quand je touchais au but, si impatiente de te demander
Calme, un sourire gourmand aux lèvres
Pourquoi tu m'envoies la photo de ta bite ?
Pourquoi tu m'envoies la photo de ta bite ?
Pourquoi tu m'envoies la photo de ta bite ?
La question à jamais restera sans réponse
Et ma curiosité insatisfaite, vide ainsi que ma trash mailbox
Depuis longtemps delete
Sérieux, qu'est-ce que tu voulais que j'en fasse, ta bite
J'allais pas en faire des confitures.
T'étais pas vraiment beau
Pas vraiment une lumière non plus
Honnêtement, je t'aurais pas touché du bout des doigts, tu sais
Il m'en faut plus pour me faire vibrer
Quoi je sais pas te dire, un peu d'humain, quelque chose de perso
Mais y'avait juste ce truc que t'as fait
Qui m'intriguait
Qui me faisait ardemment désirer te rencontrer
Y'avait juste ce truc, je me demandais
Pourquoi tu m'envoies la photo de ta bite ?
Je veux dire, t'imagines quoi ?
Qu'un gros plan sur ta queue, c'est ce qu'il y a de plus attirant chez toi ?
C'est ton idée du bouquet de fleurs ?
(Pas que je sois pour les bouquets de fleurs, note bien)
Tu penses que ça va plaire à qui ?
Sérieux, ça a déjà marché ?
T'as déjà une meuf qui t'a répondu
"Oooh, jolie bite" ?
Tu t'es dit que ça me ferait plaisir ? Non mais
Pourquoi tu m'envoies la photo de ta bite ?
J'étais tellement surprise, tu sais
J'ai pas tous les jours la bite d'un inconnu dans ma boîte trashmail
J'ai été tentée de couper la communication
J'ai été tentée, j'avoue
Une grosse seconde
Et puis après j'ai rien dit je me suis dit
Roh non c'est pas possible
Faut pas laisser passer une occasion comme ça
Faut absolument que je lui demande
Pourquoi tu m'envoies la photo de ta bite ?
Patiente, bonne copine
Je t'ai laissé croire ce que tu voulais
Fait la conversation, proposé la rencontre
Mais je voulais tellement savoir, t'imagines pas
Si c'était pure connerie, ignorance crasse
Enfin je voulais connaître tes motifs
T'interroger sincèrement
En mode sociologue, curieuse, impartiale
Te poser la question au détour d'un café :
Pourquoi tu m'envoies la photo de ta bite ?
Pourquoi tu m'envoies la photo de ta bite ?
ça t'arrive souvent, d'envoyer ta bite à des inconnues ?
T'en attends quoi ? ça te fait plaisir sur le moment ?
Oh, mes questions, je m'attendais pas à ce qu'elles te plaisent
Qu'elles te gênent, qu'elles te prennent de court peut-être
Je voulais voir ta tête
Je me préparais à l'accès de colère idiot
La violence de l'homme insulté dans sa verge
Lors c'est en lieu public que j'aurais demandé
Pourquoi tu m'envoies la photo de ta bite ?
Mais tu t'es douté de quelque chose
Un éclair de conscience dans ta tête de noeud
Je sais pas où j'ai merdé
J'ai peut-être un peu trop souligné
Que ma chatte c'était pas open bar
Que j'allais pas m'habiller sexy, ni mettre des strings pour toi
Ah ! Chiens de réflexes féministes ! Tu annules
Quand je touchais au but, si impatiente de te demander
Calme, un sourire gourmand aux lèvres
Pourquoi tu m'envoies la photo de ta bite ?
Pourquoi tu m'envoies la photo de ta bite ?
Pourquoi tu m'envoies la photo de ta bite ?
La question à jamais restera sans réponse
Et ma curiosité insatisfaite, vide ainsi que ma trash mailbox
Depuis longtemps delete
Sérieux, qu'est-ce que tu voulais que j'en fasse, ta bite
J'allais pas en faire des confitures.
mardi 19 mai 2015
Mes cheveux courts
Mes cheveux courts disent que je ne suis pas une petite chose fragile.
Mes cheveux courts disent que je n'ai pas besoin qu'un homme me protège, ni qu'on prenne soin de moi à ma place.
Mes cheveux courts disent sois de mon côté, moi, je serai du tien.
Mes cheveux courts disent que ce matin, j'ai passé une demi-heure à faire du yoga plutôt qu'à lisser mes longueurs.
Mes cheveux courts disent eh mec regarde, j'ai la même coupe que toi - mais elle me va mieux.
Mes cheveux courts c'est fou ce qu'ils sont bavards depuis que je les ai coupés, à croire que toute cette masse ça leur pesait sur la langue.
Mes cheveux courts disent t'as vu comme je suis belle avec mes cheveux courts, c'est parce que mon visage, mon allure, mon être.
Mes cheveux courts disent : je vais te manger.
Mes cheveux courts disent que je suis invulnérable (parfois ils disent beaucoup de conneries).
Mes cheveux courts disent : je sais me couper les cheveux moi-même, et la beauté de la chose, c'est que je vais continuer, et je vais devenir encore meilleure à ça.
Mes cheveux courts disent eh copine viens, on va faire le tour d'Europe à pieds à vélo à rollers, je sais pas en faire mais c'est pas grave j'apprendrai, c'est ce que disent mes cheveux courts.
Mes cheveux courts disent t'aurais jamais cru me kiffer autant avec les cheveux courts.
ça, c'est à moi qu'ils le disent, surtout, en fait.
Mes cheveux courts disent que je n'ai pas besoin qu'un homme me protège, ni qu'on prenne soin de moi à ma place.
Mes cheveux courts disent sois de mon côté, moi, je serai du tien.
Mes cheveux courts disent que ce matin, j'ai passé une demi-heure à faire du yoga plutôt qu'à lisser mes longueurs.
Mes cheveux courts disent eh mec regarde, j'ai la même coupe que toi - mais elle me va mieux.
Mes cheveux courts c'est fou ce qu'ils sont bavards depuis que je les ai coupés, à croire que toute cette masse ça leur pesait sur la langue.
Mes cheveux courts disent t'as vu comme je suis belle avec mes cheveux courts, c'est parce que mon visage, mon allure, mon être.
Mes cheveux courts disent : je vais te manger.
Mes cheveux courts disent que je suis invulnérable (parfois ils disent beaucoup de conneries).
Mes cheveux courts disent : je sais me couper les cheveux moi-même, et la beauté de la chose, c'est que je vais continuer, et je vais devenir encore meilleure à ça.
Mes cheveux courts disent eh copine viens, on va faire le tour d'Europe à pieds à vélo à rollers, je sais pas en faire mais c'est pas grave j'apprendrai, c'est ce que disent mes cheveux courts.
Mes cheveux courts disent t'aurais jamais cru me kiffer autant avec les cheveux courts.
ça, c'est à moi qu'ils le disent, surtout, en fait.
lundi 27 avril 2015
lundi 13 avril 2015
Contre les sapiosexuels
J'aime l'intelligence. Une conversation intellectuellement stimulante, ça m'excite, et ça m'attache. Mais ce terme nouvellement apparu de sapiosexuel que vous brandissez comme une pancarte ONLR, ça me glace.
Parce qu'aimer l'intelligence c'est bien, mais n'aimer que l'intelligence, c'est borné.
Surtout quand par "intelligence" on veut dire "longues études". Et surtout quand par "longues études" on veut dire "milieu aisé, classe sociale élevée", comme c'est particulièrement le cas outre-atlantique, d'où vient ce terme.
Et voilà, sous un apparent discours anti-discriminations fondées sur le physique, on trouve une bien belle discrimination anti-pauvres.
Et par-dessus tout cela, qui se vante d'être sapiosexuel ne veut parler qu'aux gens qui se savent et se disent intelligents. Voilà, vous saisissez la faille. Les timides, les modestes, les complexés, les trésors cachés, que pouic.
Si vous aussi la consanguinité autosatisfaite des CSP+ vous rend malades, laissez-les donc consanguiner en paix et regardez plutôt Carnage, de Roman Polanski et d'après Yasmina Reza, qui s'occupe très bien de leur cas. C'est extrêmement satisfaisant. Intellectuellement parlant, s'entend.
Parce qu'aimer l'intelligence c'est bien, mais n'aimer que l'intelligence, c'est borné.
Surtout quand par "intelligence" on veut dire "longues études". Et surtout quand par "longues études" on veut dire "milieu aisé, classe sociale élevée", comme c'est particulièrement le cas outre-atlantique, d'où vient ce terme.
Et voilà, sous un apparent discours anti-discriminations fondées sur le physique, on trouve une bien belle discrimination anti-pauvres.
Et par-dessus tout cela, qui se vante d'être sapiosexuel ne veut parler qu'aux gens qui se savent et se disent intelligents. Voilà, vous saisissez la faille. Les timides, les modestes, les complexés, les trésors cachés, que pouic.
Si vous aussi la consanguinité autosatisfaite des CSP+ vous rend malades, laissez-les donc consanguiner en paix et regardez plutôt Carnage, de Roman Polanski et d'après Yasmina Reza, qui s'occupe très bien de leur cas. C'est extrêmement satisfaisant. Intellectuellement parlant, s'entend.
mardi 7 avril 2015
dimanche 5 avril 2015
A trois on se casse
Chérie, c'était bon, c'était doux, c'était tendre ce qu'on a fait, c'était chaud aussi, mais je t'avoue, "ton mec", il m'a gonflée.
Parce que j'ai pas aimé qu'il te déshabille d'autorité quand on a commencé à se rouler des pelles toutes les deux. J'aurais voulu qu'on prenne notre temps, qu'on profite du moment, j'aurais aimé t'enlever une à une toutes tes couches de vêtement, tu es si frileuse, c'est si mignon, j'aurais aimé te déshabiller lentement en prenant soin de toi, en respectant ta timidité. Et puis ça aurait été drôlement sexy de découvrir petit bout par petit bout toutes les merveilles que cachaient si bien tes vêtements.
J'ai pas aimé qu'il active les choses comme si tout ça c'était à propos de lui alors que vraiment c'était à propos de nous.
J'ai pas aimé qu'il te dise de faire des trucs, limite il te donnait des ordres, je suis pas contre un peu de dirty talk mais c'était pas respectueux.
J'ai pas aimé qu'il ramène sa queue dans le débat. Sérieusement. J'ai fait comme s'il était pas là parce que moi j'étais là pour toi, mais toi tu pouvais pas l'ignorer, vu que c'est "ton mec", et que visiblement dans votre couple l'homme propose et l'homme dispose aussi.
Oui je sais tu es timide. Oui je sais tu es évitante. Et tu es complexée. Et tu ne prends pas l'initiative. Et je ne suis pas certaine que tu soies bien au clair ni à l'aise avec tes propres désirs.
Mais justement, raison de plus pour les écouter.
Je ne suis pas sûre que tu n'aies pas, par facilité ou par crainte, pris l'habitude d'être "prise" sans avoir ton mot à dire et de considérer que c'était normal, que c'était mieux comme ça, que les hommes savent mieux que toi ce qui est bon pour toi.
Je veux être cette amante qui ne te contraint à rien, qui te demande si tu es d'accord, qui te donne du temps, qui respecte tes doutes et tes hésitations, qui guette sur ton visage et dans tes gestes les signes des émotions qui te traversent, qui préfère ne rien faire plutôt que contre ton gré, qui veut jouir avec toi et non de toi. Celle qui t'attire, et non celle qui te pousse.
"Ton mec" dirait peut-être, ou peut-être même il ne le pense pas consciemment mais se contente de fonctionner comme ça sans le savoir et je sais pas si c'est pas pire, que si on te force pas un peu la main tu feras rien, que pourvu qu'à la fin tu sois contente c'est pas grave si au début t'as pas vraiment eu le choix.
Je suis complètement en désaccord avec ça. Je pense le contraire. Je pense que si tu es à l'aise et en confiance, si tu te sens respectée et écoutée, tu apprendras à écouter tes propres désirs, tu les sentiras t'inspirer des actes audacieux ; si on arrête de t'envahir avec des désirs aliénés tu auras enfin l'occasion de faire connaissance avec les tiens ; tu éprouveras comme c'est merveilleux d'avoir envie de dévorer quelqu'un, tu deviendras cent, mille fois plus désirante si on laisse le temps à ton désir de naître au lieu de te l'imposer du dehors.
Et c'est pas par intérêt tordu que je dis ça, pour avoir une meilleure amante. Parce que si ton désir c'est juste de la tendresse, ou alors qu'on te foute la paix, c'est important de l'écouter aussi.
Parce que j'ai pas aimé qu'il te déshabille d'autorité quand on a commencé à se rouler des pelles toutes les deux. J'aurais voulu qu'on prenne notre temps, qu'on profite du moment, j'aurais aimé t'enlever une à une toutes tes couches de vêtement, tu es si frileuse, c'est si mignon, j'aurais aimé te déshabiller lentement en prenant soin de toi, en respectant ta timidité. Et puis ça aurait été drôlement sexy de découvrir petit bout par petit bout toutes les merveilles que cachaient si bien tes vêtements.
J'ai pas aimé qu'il active les choses comme si tout ça c'était à propos de lui alors que vraiment c'était à propos de nous.
J'ai pas aimé qu'il te dise de faire des trucs, limite il te donnait des ordres, je suis pas contre un peu de dirty talk mais c'était pas respectueux.
J'ai pas aimé qu'il ramène sa queue dans le débat. Sérieusement. J'ai fait comme s'il était pas là parce que moi j'étais là pour toi, mais toi tu pouvais pas l'ignorer, vu que c'est "ton mec", et que visiblement dans votre couple l'homme propose et l'homme dispose aussi.
Oui je sais tu es timide. Oui je sais tu es évitante. Et tu es complexée. Et tu ne prends pas l'initiative. Et je ne suis pas certaine que tu soies bien au clair ni à l'aise avec tes propres désirs.
Mais justement, raison de plus pour les écouter.
Je ne suis pas sûre que tu n'aies pas, par facilité ou par crainte, pris l'habitude d'être "prise" sans avoir ton mot à dire et de considérer que c'était normal, que c'était mieux comme ça, que les hommes savent mieux que toi ce qui est bon pour toi.
Je veux être cette amante qui ne te contraint à rien, qui te demande si tu es d'accord, qui te donne du temps, qui respecte tes doutes et tes hésitations, qui guette sur ton visage et dans tes gestes les signes des émotions qui te traversent, qui préfère ne rien faire plutôt que contre ton gré, qui veut jouir avec toi et non de toi. Celle qui t'attire, et non celle qui te pousse.
"Ton mec" dirait peut-être, ou peut-être même il ne le pense pas consciemment mais se contente de fonctionner comme ça sans le savoir et je sais pas si c'est pas pire, que si on te force pas un peu la main tu feras rien, que pourvu qu'à la fin tu sois contente c'est pas grave si au début t'as pas vraiment eu le choix.
Je suis complètement en désaccord avec ça. Je pense le contraire. Je pense que si tu es à l'aise et en confiance, si tu te sens respectée et écoutée, tu apprendras à écouter tes propres désirs, tu les sentiras t'inspirer des actes audacieux ; si on arrête de t'envahir avec des désirs aliénés tu auras enfin l'occasion de faire connaissance avec les tiens ; tu éprouveras comme c'est merveilleux d'avoir envie de dévorer quelqu'un, tu deviendras cent, mille fois plus désirante si on laisse le temps à ton désir de naître au lieu de te l'imposer du dehors.
Et c'est pas par intérêt tordu que je dis ça, pour avoir une meilleure amante. Parce que si ton désir c'est juste de la tendresse, ou alors qu'on te foute la paix, c'est important de l'écouter aussi.
mardi 31 mars 2015
Un baiser
J'ai envie de t'embrasser.
Comme ça, oui.
C'est sans conditions générales de vente en petits caractères. ça veut dire que je vais pas te demander en mariage. Ni d'avoir une relation exclusive longue distance avec moi. De toutes façons la relation exclusive je fais pas, tu sais.
ça veut dire aussi que tu refuses si tu veux, et je respecterai ça, et je ne t'en aimerai pas moins.
Mais non, je suis pas en train de dire que je t'aime. Enfin pas comme ça en tous cas. Non, pas non plus "en tant qu'ami". Pas ce qu'on entend généralement par là du moins. C'est plus compliqué que ça, en tous cas chez moi. Ou peut-être beaucoup plus simple. Mon amour ne rentre pas dans des cases à cocher. Mon amour est vaste et généreux. Mon amour est comme la lumière, un continuum, et un truc qui se dégrade, se diffuse, s'adapte, se réfracte, se réfléchit.
J'ai envie de t'embrasser, mais ça veut pas dire qu'il doit y avoir du sexe non plus. Ni aujourd'hui, ni plus tard. C'est comme on veut, seulement si ça te fait envie, seulement si tu es confortable avec ça, et moi aussi. Rapprocher nos corps, ce n'est pas un chèque en blanc pour la chambre à coucher. Pareil pour les caresses, le principe est le même que pour les chats : celles qu'on veut, si on veut. C'est seulement pour le plaisir, tu sais, alors. On peut complètement rester habillée et concentrer toute notre vie dans nos lèvres.
J'ai envie de t'embrasser mais ça ne veut pas dire qu'on devra le faire chaque fois à l'avenir. ça peut être juste une fois si tu veux. Même si ça nous plaît, même si c'est très bon.
J'ai envie de t'embrasser et si toi non, tu me délivres et je te remercierai. Je pourrai arrêter de m'exciter sur des peut-être, et profiter de ta présence de manière plus tranquille. Je ne dirais pas que je préfère, c'est différent, c'est tout. On en parle si tu veux, moi ça ne me dérange pas. Tu n'as pas à fournir de raisons. Je ne vais pas te harceler. ça ne change rien pour moi. Tu seras toujours cet ami qui me plaît, mais tu n'as pas à craindre ma lourde concupiscence. Je saurai, je sais déjà te regarder en paix. Je t'apprécie autant, que l'on se touche ou non. Parce que je te considère comme une personne, et que pour moi, le respect de ce que tu es et de ce que tu choisis, cela passe avant tout. Ne crains pas, non, ne crains pas que je te fasse sentir mon dépit, ou que je t'en veuille.
Un baiser, rien qu'un baiser pour commencer, c'est ce que je t'offre, maintenant, mes lèvres contre les tiennes et cette douce vibration qui nous parcourt lentement, ça faisait si longtemps que j'en avais envie et toi aussi je le sais, un baiser, rien qu'un baiser, sans contrepartie.
Comme ça, oui.
C'est sans conditions générales de vente en petits caractères. ça veut dire que je vais pas te demander en mariage. Ni d'avoir une relation exclusive longue distance avec moi. De toutes façons la relation exclusive je fais pas, tu sais.
ça veut dire aussi que tu refuses si tu veux, et je respecterai ça, et je ne t'en aimerai pas moins.
Mais non, je suis pas en train de dire que je t'aime. Enfin pas comme ça en tous cas. Non, pas non plus "en tant qu'ami". Pas ce qu'on entend généralement par là du moins. C'est plus compliqué que ça, en tous cas chez moi. Ou peut-être beaucoup plus simple. Mon amour ne rentre pas dans des cases à cocher. Mon amour est vaste et généreux. Mon amour est comme la lumière, un continuum, et un truc qui se dégrade, se diffuse, s'adapte, se réfracte, se réfléchit.
J'ai envie de t'embrasser, mais ça veut pas dire qu'il doit y avoir du sexe non plus. Ni aujourd'hui, ni plus tard. C'est comme on veut, seulement si ça te fait envie, seulement si tu es confortable avec ça, et moi aussi. Rapprocher nos corps, ce n'est pas un chèque en blanc pour la chambre à coucher. Pareil pour les caresses, le principe est le même que pour les chats : celles qu'on veut, si on veut. C'est seulement pour le plaisir, tu sais, alors. On peut complètement rester habillée et concentrer toute notre vie dans nos lèvres.
J'ai envie de t'embrasser mais ça ne veut pas dire qu'on devra le faire chaque fois à l'avenir. ça peut être juste une fois si tu veux. Même si ça nous plaît, même si c'est très bon.
J'ai envie de t'embrasser et si toi non, tu me délivres et je te remercierai. Je pourrai arrêter de m'exciter sur des peut-être, et profiter de ta présence de manière plus tranquille. Je ne dirais pas que je préfère, c'est différent, c'est tout. On en parle si tu veux, moi ça ne me dérange pas. Tu n'as pas à fournir de raisons. Je ne vais pas te harceler. ça ne change rien pour moi. Tu seras toujours cet ami qui me plaît, mais tu n'as pas à craindre ma lourde concupiscence. Je saurai, je sais déjà te regarder en paix. Je t'apprécie autant, que l'on se touche ou non. Parce que je te considère comme une personne, et que pour moi, le respect de ce que tu es et de ce que tu choisis, cela passe avant tout. Ne crains pas, non, ne crains pas que je te fasse sentir mon dépit, ou que je t'en veuille.
Un baiser, rien qu'un baiser pour commencer, c'est ce que je t'offre, maintenant, mes lèvres contre les tiennes et cette douce vibration qui nous parcourt lentement, ça faisait si longtemps que j'en avais envie et toi aussi je le sais, un baiser, rien qu'un baiser, sans contrepartie.
lundi 16 mars 2015
L'ego et le moi
Comme deux oiseaux d'or perchés sur un arbre, l'ego et le moi sont
compagnons inséparables.
L'un mange les fruits doux et amers de l'arbre, tandis que l'autre
observe sans se nourrir.
Si nous pensons que nous sommes l'ego, nous y sommes liés et sombrons
dans la peine.
Mais comprenez que vous êtes le moi, et vous serez libéré du fardeau.
Extrait du Bhagavad-Gita (VIe siècle av. JC)
compagnons inséparables.
L'un mange les fruits doux et amers de l'arbre, tandis que l'autre
observe sans se nourrir.
Si nous pensons que nous sommes l'ego, nous y sommes liés et sombrons
dans la peine.
Mais comprenez que vous êtes le moi, et vous serez libéré du fardeau.
Extrait du Bhagavad-Gita (VIe siècle av. JC)
dimanche 15 mars 2015
Je ne finirai pas en Sorbonne
Je n'irai pas enseigner à l'université parce que je ne serai pas élue. Et je ne serai pas élue parce que je ne candidaterai pas.
Tu dis que c'est dommage, que je devrais être plus ambitieuse, que je m'auto-limite, tu me pousses.
Mais je ne pense pas que la connaissance soit meilleure, plus pure, plus dense sur les bancs de la fac que dans les salles d'un lycée. Je pense le contraire.
Je sais bien que l'université, c'est plus prestigieux. Certains pensent cela. Je ne suis pas obligée de penser comme eux, ou de gouverner ma vie en fonction du prestige.
Oui enseigner à des lycéens c'est fatigant, c'est exigeant, c'est physique. Devine quoi : c'est ce qui en fait tout le fun. On ne s'use pas moins le visage aux écrans des ordinateurs, bagne contemporain du chercheur, qu'aux couloirs de l'éducation nationale ; on s'y fait seulement des rides plus tristes.
Alors certes c'est piquant d'avoir cette conversation houleuse avec un homme sûr de ses droits, dogmatique, intolérant, agressif. Repérer qu'il fait du langage un usage imprécis, que son argumentation, essentiellement malhonnête, est farcie de pétitions de principe. Apprendre ensuite qu'il a un très bon poste et fait partie du jury d'un concours prestigieux. Savoir d'expérience que ses semblables sont légion. En tirer les conséquences. ça ne fait que confirmer ce que je pensais déjà.
Mais lorsque tu me dis que m'abstenir de poser ma candidature, c'est laisser l'université aux mains des salauds, des héritiers et des patriarches, je te dis : non. Il n'y a pas une université éternelle, libre, pure, égalitaire, dont les places seraient malheureusement occupées par une classe dominante mâle et blanche détournant l'institution de ses buts et travaillant à la reproduction de sa domination : l'université a été créée par cette classe, elle est l'institution de cette classe, elle est homogène à sa structure, et je ne veux pas me mettre dans les chaussures du patriarcat.
Plutôt que d'essayer de prendre des places dans les structures d'oppression il nous faut inventer d'autres places ; d'autres institutions, d'autres lieux de pensée, d'autres notions de prestige.
Tu dis que c'est dommage, que je devrais être plus ambitieuse, que je m'auto-limite, tu me pousses.
Mais je ne pense pas que la connaissance soit meilleure, plus pure, plus dense sur les bancs de la fac que dans les salles d'un lycée. Je pense le contraire.
Je sais bien que l'université, c'est plus prestigieux. Certains pensent cela. Je ne suis pas obligée de penser comme eux, ou de gouverner ma vie en fonction du prestige.
Oui enseigner à des lycéens c'est fatigant, c'est exigeant, c'est physique. Devine quoi : c'est ce qui en fait tout le fun. On ne s'use pas moins le visage aux écrans des ordinateurs, bagne contemporain du chercheur, qu'aux couloirs de l'éducation nationale ; on s'y fait seulement des rides plus tristes.
Alors certes c'est piquant d'avoir cette conversation houleuse avec un homme sûr de ses droits, dogmatique, intolérant, agressif. Repérer qu'il fait du langage un usage imprécis, que son argumentation, essentiellement malhonnête, est farcie de pétitions de principe. Apprendre ensuite qu'il a un très bon poste et fait partie du jury d'un concours prestigieux. Savoir d'expérience que ses semblables sont légion. En tirer les conséquences. ça ne fait que confirmer ce que je pensais déjà.
Mais lorsque tu me dis que m'abstenir de poser ma candidature, c'est laisser l'université aux mains des salauds, des héritiers et des patriarches, je te dis : non. Il n'y a pas une université éternelle, libre, pure, égalitaire, dont les places seraient malheureusement occupées par une classe dominante mâle et blanche détournant l'institution de ses buts et travaillant à la reproduction de sa domination : l'université a été créée par cette classe, elle est l'institution de cette classe, elle est homogène à sa structure, et je ne veux pas me mettre dans les chaussures du patriarcat.
Plutôt que d'essayer de prendre des places dans les structures d'oppression il nous faut inventer d'autres places ; d'autres institutions, d'autres lieux de pensée, d'autres notions de prestige.
dimanche 18 janvier 2015
Dans la même direction
Lorsque j'entends quelqu'un dire que pour lui, aimer, c'est se soucier du bien-être de l'autre et s'oublier soi-même, derrière la définition grandiloquente j'entends le petit côté donneur de leçons - moi, c'est ce que j'appelle aimer - mais j'entends aussi, et surtout, comme une réclamation - je voudrais que quelqu'un se soucie de mon bien-être en oubliant le sien.
mardi 23 décembre 2014
Tuer le père
Tuer le père n'est pas éliminer le géniteur. Ce n'est pas parce qu'on partage la moitié de ses gènes qu'il faut tuer le père. Tuer le père n'est pas tuer celui qui protège - d'ailleurs tous les pères ne protègent pas ; ni tuer le modèle : tous les pères ne sont pas des modèles, ni des anti-modèles.
Alors qui est le père, pour qu'on le tue ?
Le père à tuer est celui qui se juge propriétaire des corps de tous ceux - femmes, enfants, enfants devenus adultes - qui partagent son existence. Il interdit la joie. Il interdit le désir - le sien seul a droit de cité. Il interdit la liberté. Son jugement seul compte.
Je crois que dans tout groupe partageant des liens affectifs peut apparaître, d'une manière ou d'une autre, un tel père. Je crois aussi que chacun de nous héberge un père en lui. Ce père est le nom de tout ce qui emploie son énergie à faire obstacle. Et ce père est toujours à tuer, au moins symboliquement.
Alors qui est le père, pour qu'on le tue ?
Le père à tuer est celui qui se juge propriétaire des corps de tous ceux - femmes, enfants, enfants devenus adultes - qui partagent son existence. Il interdit la joie. Il interdit le désir - le sien seul a droit de cité. Il interdit la liberté. Son jugement seul compte.
Je crois que dans tout groupe partageant des liens affectifs peut apparaître, d'une manière ou d'une autre, un tel père. Je crois aussi que chacun de nous héberge un père en lui. Ce père est le nom de tout ce qui emploie son énergie à faire obstacle. Et ce père est toujours à tuer, au moins symboliquement.
samedi 29 novembre 2014
Fantaisie rouge
Je suis retombée dessus par hasard. Dans un pays lointain, chez des amis d'amis. Il y avait dans une pile dépareillée cette assiette décorée d'une scène du Petit chaperon rouge, le loup surgissant de derrière un arbre. J'avais la même assiette enfant, mais je l'avais effacée de ma mémoire. Elle est revenue d'un coup. C'était la même exactement ; le même dessin malhabile, assez laid mais attachant, un chaperon joufflu et blond effrayé par pure convention, et le loup comme un gros chat débile tirant la langue, l'air bien sympathique finalement.
ça m'a mis un coup, l'irruption de ce motif intensément familier alors que je me croyais loin de tout. ça m'a mis un coup, parce que : cela fait des années que le conte du chaperon rouge est un motif important pour moi, mais je ne me souvenais pas que cela faisait si longtemps.
Or que dit-il, ce fantasme du loup - ce loup brun, chaud, velu, neuf, mystérieux ? Bien sûr, Chaperon rouge est attirée par le loup. J'ai longtemps lu ce motif comme quelque chose d'assez valorisant - l'attrait du danger, de l'aventure. Mais par quoi est-elle attirée ? Que propose le loup ? Le loup aime le Chaperon. Comment le sait-on ? Eh bien il veut la manger.
Le loup, c'est celui qui prouve son amour en détruisant ce qu'il aime.
Ai-je ceci au fond de moi - l'idée que la seule vraie manière de m'aimer, c'est de me détruire ?
ça m'a mis un coup, l'irruption de ce motif intensément familier alors que je me croyais loin de tout. ça m'a mis un coup, parce que : cela fait des années que le conte du chaperon rouge est un motif important pour moi, mais je ne me souvenais pas que cela faisait si longtemps.
Or que dit-il, ce fantasme du loup - ce loup brun, chaud, velu, neuf, mystérieux ? Bien sûr, Chaperon rouge est attirée par le loup. J'ai longtemps lu ce motif comme quelque chose d'assez valorisant - l'attrait du danger, de l'aventure. Mais par quoi est-elle attirée ? Que propose le loup ? Le loup aime le Chaperon. Comment le sait-on ? Eh bien il veut la manger.
Le loup, c'est celui qui prouve son amour en détruisant ce qu'il aime.
Ai-je ceci au fond de moi - l'idée que la seule vraie manière de m'aimer, c'est de me détruire ?
vendredi 14 novembre 2014
Tout vouloir
Tu veux tout. Tout ce que je veux aussi. Les nuits fauves, les amants, les amantes, le partage, la confiance, la fluidité. Les rencontres, les caresses comme des découvertes, le plaisir qui se multiplie d'autrui. Les perversions, l'exploration, trouver de nouvelles voies du désir.
Mais pas avec moi.
Tu veux que l'on soit libres, mais chaque fois que passe la possibilité d'un amant pour moi tu te tords de douleur.
Tu veux exactement ce que je veux. Un réseau de liberté et de bienveillance, où le désir serait comme l'amitié, source d'eau fraîche désaltérante et parfois flamme intérieure, qui jamais ne brûlerait. Un lieu où donner sans prendre.
Mais tu le construiras sans moi. Tu ne me veux pas dedans.
Je ne comprendrai jamais ce que j'ai fait pour cela.
Tes raisons sont obscures.
La seule chose que je peux comprendre, c'est que : tout cela, que tu veux vivre, et que j'aimerais vivre avec toi, toi, tu ne veux pas le vivre avec moi.
Tu ne me veux pas.
C'est douloureux.
Mais après tout, même si dans tout ça j'ai l'impression que tu te fous un peu de ma gueule, à crier de douleur à l'évocation de mon plaisir lorsqu'ailleurs tu construis le tiens, je suis contente pour toi. Contente si ailleurs tu cherches de l'or ; si tout cela que tu veux vivre, tu le peux, même si c'est sans moi.
Mais pas avec moi.
Tu veux que l'on soit libres, mais chaque fois que passe la possibilité d'un amant pour moi tu te tords de douleur.
Tu veux exactement ce que je veux. Un réseau de liberté et de bienveillance, où le désir serait comme l'amitié, source d'eau fraîche désaltérante et parfois flamme intérieure, qui jamais ne brûlerait. Un lieu où donner sans prendre.
Mais tu le construiras sans moi. Tu ne me veux pas dedans.
Je ne comprendrai jamais ce que j'ai fait pour cela.
Tes raisons sont obscures.
La seule chose que je peux comprendre, c'est que : tout cela, que tu veux vivre, et que j'aimerais vivre avec toi, toi, tu ne veux pas le vivre avec moi.
Tu ne me veux pas.
C'est douloureux.
Mais après tout, même si dans tout ça j'ai l'impression que tu te fous un peu de ma gueule, à crier de douleur à l'évocation de mon plaisir lorsqu'ailleurs tu construis le tiens, je suis contente pour toi. Contente si ailleurs tu cherches de l'or ; si tout cela que tu veux vivre, tu le peux, même si c'est sans moi.
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