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mardi 7 avril 2015

Entre les mots ta tête en vrac

Qui es-tu pour te sentir autorisé à me juger décevante ?

jeudi 11 décembre 2014

D'un temps plus long

Ta peau était douce contre mes lèvres, contre mes bras ; ma peau était douce sous tes doigts ; nos baisers des lèvres mordues, des soupirs ;

Debout, comme pour une étreinte furtive, mais furieusement agités nous prenions notre temps, nos jambes mélangées, équilibristes sur un coin de faïence,

Hors d'haleine ; mes yeux ont basculé longtemps dans le plaisir, captant par intermittence ton regard entre mes cils clos, si longtemps j'étais haut, lumineuse, aiguë, criant sur l'onde qui nous joignait, centrale ;

Entre nos pieds, les gouttes de sang tombaient, profondes, merveilleuses, une à une tachant le sol blanc.

vendredi 14 novembre 2014

Tout vouloir

Tu veux tout. Tout ce que je veux aussi. Les nuits fauves, les amants, les amantes, le partage, la confiance, la fluidité. Les rencontres, les caresses comme des découvertes, le plaisir qui se multiplie d'autrui. Les perversions, l'exploration, trouver de nouvelles voies du désir.

Mais pas avec moi.

Tu veux que l'on soit libres, mais chaque fois que passe la possibilité d'un amant pour moi tu te tords de douleur.

Tu veux exactement ce que je veux. Un réseau de liberté et de bienveillance, où le désir serait comme l'amitié, source d'eau fraîche désaltérante et parfois flamme intérieure, qui jamais ne brûlerait. Un lieu où donner sans prendre.

Mais tu le construiras sans moi. Tu ne me veux pas dedans.

Je ne comprendrai jamais ce que j'ai fait pour cela.

Tes raisons sont obscures.

La seule chose que je peux comprendre, c'est que : tout cela, que tu veux vivre, et que j'aimerais vivre avec toi, toi, tu ne veux pas le vivre avec moi.

Tu ne me veux pas.

C'est douloureux.

Mais après tout, même si dans tout ça j'ai l'impression que tu te fous un peu de ma gueule, à crier de douleur à l'évocation de mon plaisir lorsqu'ailleurs tu construis le tiens, je suis contente pour toi. Contente si ailleurs tu cherches de l'or ; si tout cela que tu veux vivre, tu le peux, même si c'est sans moi.

jeudi 23 octobre 2014

L'exercice de ta violence

Cette violence psychologique qui a cessé il y a peu. Cette violence que tu as exercée sur moi des années durant. Cette violence que j'ai subie sans m'enfuir. Cette violence que je n'ai pas eu la force de refuser. Cette violence dont je me persuadais sans cesse que j'en étais la cause, que je l'avais méritée. Cette violence que je passais mon temps à oublier. Au point que j'avais, que j'ai toujours du mal à m'en souvenir.

Ta violence, elle avait certainement en toi des racines profondes, intimes, tu vivais les causes de ta violence comme quelque chose d'unique et très personnel, n'ayant rien à voir avec une culture, une logique d'ensemble.

Mais moi, non. Moi, vois-tu, je nous trouve des choses en commun avec les statistiques sur les femmes battues. Moi, vois-tu, j'ai ressenti ta violence comme faisant partie d'un plus vaste système où l'homme considère la femme comme une chose qui lui appartient et la punit lorsqu'elle manifeste son indépendance. C'était peut-être pour des raisons très intimes, mais chaque moment de ma vie te revenait de droit, et c'est lorsque j'enfreignais ce droit que s'exerçait ta violence.

Et donc ta violence s'en est allée. Tu ne me maltraites plus. Mais si ta possessivité est toujours là, selon moi, la violence est seulement cachée dans son dos.

samedi 7 juin 2014

Les jours sont des heures

Ce rêve la nuit dernière.

Je devais interrompre une promenade avec toi - en un lieu enchanteur, des herbes hautes, un canal - pour attraper ce car qui m'emporte au loin.

Le car partait à 15h49.

A mon retour, il était une ou deux heures du matin, mais dans le rêve cette heure était étrange, incompréhensible, il faisait grand jour.

Un ou deux jours, le temps d'un week-end, selon qu'il est ou non réduit par l'emprise du travail.

Quinze jours, ce sont de petites vacances.

Quarante-neuf jours, à peu près la durée des grandes.

Ce sont des heures et des minutes, les jours passés avec toi ; chaque fois j'en suis arrachée comme d'un sommeil insuffisant.

jeudi 6 septembre 2012

Simple.

"Вы очень упрощайте, товарищ."

J'avais fait un beau contresens sur cette phrase, interprétant упрощать - simplifier - à partir de прошай - adieu. J'avais proposé "Vous avez déjà fait bien des adieux, camarade" lorsque la phrase ne parlait que de simplifier beaucoup.
Mais comme souvent, l'erreur parlait plus vrai. Elle m'accompagne depuis longtemps. J'ai déjà fait bien des adieux. Et ils ne m'amenuisent pas - mais, au contraire, me donnent la force de nouveaux adieux.

Tant d'adieux sont encore à venir.

Je suis, profondément, une femme seule.