lundi 21 juillet 2014

Toutes les Judith, les Salomé

Dans ce musée à chaque salle on butait sur ces femmes dansant en brandissant une tête coupée sur un plateau. Autre légende, même histoire, symbole de la femme séductrice et cruelle qui, par le caprice de son pied léger, fait tomber le grand homme.

Mais ces tableaux sont peints par des hommes, inspirés d'histoires par des hommes racontées ; si l'on écoutait la parole des femmes, et si par des femmes elle était mise en oeuvres d'art, les musées ne seraient-ils pas emplis de jeunes hommes mutins et gracieux cabriolant autour de fortes femmes décapitées en leur nom ?

Aussi ces tableaux ne nous disent-ils rien sur une soi-disant nature perverse de la femme, mais sur la nature du désir lorsqu'il n'est partagé ; car par ton refus tu me crucifies, tu me saignes, tu m'abats, et c'est une douleur que je ne voudrais m'épargner.

Plus belle que d'essayer de forcer ton refus.
Plus belle que d'en concevoir du ressentiment.
Plus belle que n'avoir rien senti.

samedi 19 juillet 2014

Ensemble

Louie et moi ne couchons pas ensemble.
Nous nous regardons dans les yeux une seconde de trop, et les détournons dans un sourire.
Louie et moi n'échangeons pas d'avides baisers. Ne mêlons pas nos soupirs.
Nos doigts passent légèrement sur la peau de l'autre lorsque nous nous faisons la bise, juste un peu, juste un peu trop.
Nous ne crions pas de plaisir ensemble. Aucune main posée sur la nuque ne remonte en se glissant à travers les cheveux. Jamais mon corps nu entier étendu contre toute la longueur de son corps.
Lorsque nous sommes seuls tous les deux c'est assez rapidement bizarre.
Louie et moi nous n'échangeons pas de vibrantes caresses. Nous n'étanchons pas notre soif au corps de l'autre.
Nous avons les mêmes goûts. Nous nous ressemblons comme frère et sœur. Nous nous rencontrons sur une quantité de choses incroyable.

Nous sommes timides et attirés.

vendredi 18 juillet 2014

Et les dents qui scintillent

Nous filons à vélo à travers la campagne, je te suis avec béatitude.
Non pas comme mon seigneur et maître, mais comme : celui que je vais manger.

lundi 30 juin 2014

Ton visage

Ton visage est si sexy.

Ton visage est si sexy qu'y repenser me choque. A chaque fois.

C'est délicieux d'être choquée.

Je ne sais pas pourquoi ton visage est si sexy. Tes yeux bien sûr, ton regard intense. Le reste je ne sais pas, une question d'angles sans doute, mais je ne comprends pas comment ton visage me fait autant d'effet. Peut-être tout simplement parce que ton visage me parle de toi, et tu es magnétique.

Ton visage est si sexy que je ne peux en détacher mes yeux. Je veux dire, je suis bien forcée d'en détacher mes yeux, sinon ce serait gênant. Pour toi. Je pense. Mais je te regarde autant que je peux.

Tu n'aimes pas les compliments. Cela te gêne. Alors c'est en silence, en pensée que je m'exclame qu'est-ce que tu es beau qu'est-ce que tu m'excites car j'aime le dire, goûter à nouveau dans mes mots le désir éveillé par ta vue.

Ton visage est si sexy que lorsque mes yeux se ferment sous le plaisir que tu me donnes, je suis jalouse de ces moments volés à la contemplation de ton visage.

dimanche 8 juin 2014

Tomber

Après des heures de travail je finissais de planter six pieds de tomates. Il avait fallu défricher le sol, l'ameublir, l'amender, planter, pailler, pour enfin obtenir ces six pieds tout fiers sur une petite butte.

C'est en finissant de disposer sur cette butte quelques brins de mélisse citronnée arrachés dans le mouvement - et pourquoi pas, en effet ? - que j'ai eu l'impression de fleurir une tombe.

Et même si ce jour-là ni aucun autre nul cadavre sous la terre fraîchement remuée, c'est une tombe, il est vrai, comme tout jardin est un cimetière ; et travaillant la terre je cultive mes morts.


samedi 7 juin 2014

Les jours sont des heures

Ce rêve la nuit dernière.

Je devais interrompre une promenade avec toi - en un lieu enchanteur, des herbes hautes, un canal - pour attraper ce car qui m'emporte au loin.

Le car partait à 15h49.

A mon retour, il était une ou deux heures du matin, mais dans le rêve cette heure était étrange, incompréhensible, il faisait grand jour.

Un ou deux jours, le temps d'un week-end, selon qu'il est ou non réduit par l'emprise du travail.

Quinze jours, ce sont de petites vacances.

Quarante-neuf jours, à peu près la durée des grandes.

Ce sont des heures et des minutes, les jours passés avec toi ; chaque fois j'en suis arrachée comme d'un sommeil insuffisant.

samedi 8 mars 2014

Finir

Des mites alimentaires. Il faut s'en débarrasser. Et si les pièges font assez bien leur boulot dans les placards, de temps à autre une qui voltige, pas très rapide, pas très adroite, autant en terminer tout de suite d'un claquement de mains.

Plusieurs claquements de mains, pour ne pas laisser se prolonger l'agonie. Jusqu'à ce qu'aucune petite patte ne bouge plus. Mais en terminant aussi brièvement que possible l'existence de la petite bestiole, je sens sa minuscule protestation.

Une vie de mite, ce n'est pas grand'chose. Mais pour cette mite, c'est tout ce qu'il y a.

Je sens cette minuscule protestation.

samedi 9 novembre 2013

Le poids des femmes

Je pèse 65 kilos.

Plus ou moins. Peut-être. En gros. La vérité, c'est que je ne me pèse pas. Mais je dois faire ça, à peu près. 65 kilos. Depuis des années.

Je le dis sans pudeur, car je ne vois pas en quoi mon poids serait une question de pudeur. Je ne minauderai pas. Je ne prétendrai pas qu'on ne pose pas cette question. Comme mon âge. Car : c'est un chiffre ; cela ne dit rien de moi.

65 kilos, cela ne dit rien de la forme de mon corps, s'il est beau ou laid, attirant ou non. Même si j'y ajoute ma taille, mon IMC, le périmètre de mes différents étages. Chiffres inventés pour que je m'en inquiète. Mais : des chiffres. Ils ne disent rien de moi. Je n'ai pas à les cacher.

Ils ne disent rien de qui je suis. Je suis et je ne suis pas mon corps. Mais quoi qu'il arrive, je ne suis pas mon poids.

Et si tu es tenté de dire "ah oui quand même !" ou "on dirait pas !", demande-toi. Demande-toi pourquoi moi que tu connais, que tu as pu observer habillée, que tu as peut-être vue nue, moi qui peut-être t'ai plu, soudainement, lorsque tu sais le chiffre, je te plais moins. En pensant à mon corps, tu pensais à d'autres chiffres, et ces chiffres te plaisaient. Ce chiffre-là, non. Il te dérange. Alors demande-toi pourquoi un chiffre change mon corps à tes yeux. Pourquoi certains chiffres t'excitent et d'autres te choquent. Pourquoi tu poses ainsi un plafond chiffré à ton désir. Car ce sont des questions qui te concernent. Pas moi.

Pourquoi moi, femme, devrais-je avoir honte d'un chiffre ? J'ai passé des années à me tourmenter pour cela ; à manger en fonction des chiffres sur ma balance le matin ; à essayer de tirer ces chiffres vers le bas, un peu plus, encore un peu plus ; à rougir d'une décimale.

C'est du passé. Je pèse mon poids. J'ai le droit d'être là. Tout entière. Aucune partie de moi n'est de trop.

Pourquoi poser une limite haute au poids que j'aurais le droit de faire ? Il faut être en-dessous. Toujours en-dessous. En-dessous, c'est fierté. Au-dessus, c'est honte. En-dessous de quoi ? Qui pose cette limite ? Et comment ? Je ne parle pas de santé. La santé n'est là qu'un prétexte, quelque chose que l'on se raconte. Chacun sait bien que ces histoires de poids, cela n'a rien à voir avec la santé. Car ce sont essentiellement des femmes en bonne santé qui se tourmentent sur leur poids.

En cherchant à me faire honte avec mon poids, tu me disputes mon droit à être là.

Alors ne t'étonne pas si, lorsque la conversation sinue près ce ces rives, c'est un peu par provocation que je le dis : je pèse 65 kilos. Sans excuse, sans honte et sans justification. Car je voudrais que ce soit un fait, aussi neutre que l'heure.

Je ne fais pas semblant de ne pas vouloir le dire pour obéir à une convention qui me fait tort. Je ne mens pas sur mon poids, pas plus que sur mon âge. J'en parle de façon directe et franche. A toi de te débrouiller avec.

Cela te surprend. Mais accepter sur ces sujets une feinte coquetterie, ce serait admettre que je n'ai le droit d'exister que dans la mesure que l'on veut bien me donner.

Je ne cèderai pas un seul gramme de ce droit-là.

dimanche 27 octobre 2013

Tu m'inspires

Tu m'inspires des pensées douces et brûlantes. Tu m'inspires des envies interdites. Tu m'inspires des phrases mal rythmées - non que tu sois mauvais comme muse, mais je ne suis pas une grande poète.

Je ne pouvais détacher mes yeux de ton beau visage hiératique, tes yeux profonds, tes lèvres sinueuses. "J'ai envie de t'embrasser" - combien de fois ai-je hésité à prononcer cette phrase, tout au long de la soirée ? Peur - tu es si pudique, si réservé - de t'embarrasser encore plus, que, de frileux, tu deviennes glacial.


Pourtant, je ne te voulais que douceur. Douceur sur tout ce qu'il y a en toi d'escarpé. J'aurais suivi d'un doigt attentif tes pommettes saillantes et l'arrête de tes joues creuses ; qui ne dit mot consent, j'aurais, du dos de l'index, souligné tes lèvres avant de les effleurer d'un baiser léger, si léger qu'il en aurait appelé d'autres, j'aurais aimé te sentir y répondre. Une autre fois peut-être explorer ton corps interminable, mais ce soir-là, non, un baiser m'aurait suffi, te sentir contre moi, abolir soudain cette distance qui persiste, irritante, entre nos épidermes, mon coeur en aurait fait des bonds toute une semaine.


Depuis si longtemps je contemple ta beauté, sans oser te toucher. Ta beauté interdite, car fragile. J'ai peur de te briser, alors je contemple à distance. Ta beauté interdite, car j'ai eu autorité sur toi, alors, même si c'est de longtemps fini, oserais-tu refuser, si tu ne désirais pas ?


Je sens l'ascendant que j'ai et refuse de m'en servir, comme d'une arme non-conventionnelle. Tu m'inspires le respect.